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2013  

Innovation ouverte 101

Vous avez dit collaboratif?

16 janvier 2013
Il existe certains mots dont on ne se passerait plus. Des exemples? Réseau, communauté et collaboratif. Dans le dernier cas, par contre, l’esprit – sinon le mot – est dans l’air depuis une bonne trentaine d’années et participe à la définition de l’innovation ouverte, un concept plus vieux qu’on ne le croit souvent. L’ÉTS vous propose donc Innovation ouverte 101, avec la collaboration d’Isabelle Deschamps, professeure au Département de génie mécanique.

«Si on voulait caricaturer, on pourrait dire que le concept d’innovation ouverte repose sur un principe très simple : tu ne peux pas être bon dans tout», s’esclaffe Isabelle Deschamps. «Plus sérieusement, l’innovation ouverte, c’est un travail collaboratif qui s’effectue généralement entre trois acteurs – université, agence ou centre de recherche gouvernemental et entreprise – et qui fait que, de la recherche fondamentale à la production et à la distribution, une idée folle devient un produit standard disponible partout. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je préfère parler d’innovation ouverte collaborative.»

Pourquoi, alors, cette impression que l’innovation ouverte est une idée neuve? «Le concept englobe des pratiques qui existent depuis longtemps. Il a cependant émergé au grand jour à partir du moment où il a été labellisé dasn un livre par le directeur du centre pour l’innovation ouverte de Berkeley, Henry Chesbrough (Open Innovation, the New Imperative for Creating and Profiting from Technology, Harvard Business School Press, 2003). Depuis, plus personne ne peut passer une journée sans être exposé à répétition au mot innovation, par exemple dans la publicité.»

Le principe actif de l’innovation ouverte
Par le passé, l’innovation était un processus qui se déroulait en vase clos, à l’intérieur des entreprises. Les enjeux liés à la propriété intellectuelle et à la concurrence, notamment, expliquaient pourquoi on se gardait de partager réflexions et recherches avec des intervenants externes. Deux événements ont pavé la voie au changement. Le premier : l’arrivée des entreprises asiatiques sur le marché mondial, qui a poussé l’Occident à innover afin de conserver ses parts de marché. Le second : la crise financière survenue il y a cinq ans, qui a incité les entreprises à faire mieux encore pour assurer leur survie.

«Ces dernières décennies, on a constaté que l’innovation était plus productive lorsqu’elle était fondée sur un travail effectué en synergie avec de bons partenaires. De plus, les entreprises ont été nombreuses à comprendre l’intérêt de s’en tenir à leur core business et de faire appel à des ressources compétentes dans les domaines satellites de leur activité principale. Bref, on a tout intérêt à aller chercher ailleurs les savoir-faire dont on ne dispose pas à l’interne, puisqu’on n’a pas le temps de réinventer la roue.»

Une question de degrés
Cela dit, il existe différents «degrés» d’ouverture, tout comme il existe différents objets susceptibles d’être considérés avec un regard innovateur. La collaboration est-elle un gage de succès? Selon cette spécialiste des stratégies et modèles d’affaires axés sur l’innovation, non. Pour Isabelle Deschamps, deux principes doivent être respectés : «On doit considérer la quantité d’ouverture, c’est-à-dire les moyens que l’entreprise va mettre en place pour aller chercher de nouvelles idées et, également, la qualité de cette ouverture, soit la nature de l’échange, qui peut aller d’un simple lien contractuel à une relation en symbiose entre des gens qui partagent toute l’information pour former éventuellement un joint venture collaboratif.»

Et qu’en est-il du Québec?
Considérant que l’innovation ouverte est autant l’affaire des PME que celle des multinationales, où le Québec se situe-t-il dans le cortège?

«Le travail que j’ai effectué au Conseil de la science et de la technologie du Québec, notamment, m’a permis de constater que nous ne sommes malheureusement pas en avance. Ce retard n’est pas irrémédiable, mais les mentalités tardent à changer. À preuve : plusieurs entreprises préfèrent encore fonctionner par acquisitions plutôt que par innovation. D’autres, par contre, ont pris le virage. Je pense à des secteurs comme ceux des textiles, de la transformation du bois ou des matériaux composites. Certaines PME ont été très innovantes pour collaborer, trouver du financement et devenir plus rentables. La création des Centres collégiaux de transfert de technologie – presque une cinquantaine aujourd’hui au Québec – a aussi eu un effet très positif à cet égard.»

Encore beaucoup à faire
Si l’innovation ouverte n’est encore qu’un projet pour beaucoup d’entreprises, c’est en raison des incertitudes qui l’accompagnent : combien ça va coûter, combien de temps avant d’obtenir des résultats, comment conserver la propriété de nos innovations, quelle reconnaissance les acteurs tireront-ils de leur contribution?

«L’innovation ouverte collaborative touche aux modes de gestion, à la communication et au partage des idées. Le changement de culture qu’elle propose affecte directement les personnes. Il faut donc pouvoir compter sur des leaders forts pour expliquer le changement et inventer de nouvelles façons de gérer, parce que dans les faits, ce sont de nouveaux processus qui sont mis en place.»

«Le mouvement de relève auquel on assiste depuis quelques années dans les PME est d’ailleurs une bonne chose, parce que la génération qui arrive a une culture favorable à l’innovation ouverte, une culture plus collaborative, fondée davantage sur les réseaux. Et attention : je ne dis pas que les fondateurs de nos entreprises sont contre l’innovation ouverte. Ils ne le feront peut-être pas eux-mêmes, mais ils comprennent la nécessité d’aller de l’avant. C’est pour cette raison qu’ils vont chercher du sang neuf, en sachant que les jeunes vont le faire. Et cette relève, ce sont nos étudiants d’aujourd’hui. C’est pour cette raison que leur formation est aussi importante et, en ce qui me concerne, aussi gratifiante. Ce sont les futurs agents de transformation de la société et des entreprises.»

Texte paru dans le journal ÉTS@360 Vol.8 No 2 (Automne 2012 / Hiver 2013)


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